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ELLE RELANCE DES ATELIERS DE COUTURE GRÂCE À SA LINGERIE ARTISANALE

ENTRETIEN MENÉ AUPRÈS DE SOFIA SOKOLOFF - FONDATRICE SOKOLOFF LINGERIE

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Je suis originaire de Buenos Aires en Argentine, mais je vis à Montréal depuis l’âge de trois ans. Après des études en Design de Mode à Montréal, je suis rentrée sur le marché du travail pour finalement retourner à l'école. Cette fois ci en Gestion Industrielle. Je voulais apprendre à gérer une production locale et à distribuer mon propre produit. Sokoloff Lingerie est née pendant mes études universitaires. 

« 2011-2012 furent deux années décisives pour toi : un déclic, une idée et surtout une évidence de projet entrepreneurial ? »

Pendant mes études, j'étais très pro-active. Au lieu de faire des études de marché par exemple, j'allais directement sur le marché pour essayer de vendre mes produits. Et au lieu de créer des scenarios fictifs, je faisais réellement produire chez des manufacturiers locaux ma ligne de produit. Lorsque j'ai terminé mes études, j'avais déjà des points de vente. Mais attention, je ne vivais pas encore de mon entreprise. Je travaillais à l'époque comme serveuse pour financer tant mes études que mes projets, et ce n'est qu'en 2014 que j'ai pu cesser d'avoir plusieurs jobines pour pouvoir me concentrer sur Sokoloff Lingerie, pouvoir en vivre, et pouvoir aussi engager des employés.  

« Quand on parle de dentelles fines et de dessous chic, on fait souvent référence à des grandes marques françaises. Comment as-tu su en un rien de temps, te positionner sur un marché à la fois canadien mais aussi sur des marchés extérieurs tels que Dubaï ? »

Au Canada, à l'époque, je sentais un grand écart entre justement les marques françaises, souvent plus matures, plus dispendieuses s’adressant à une clientèle plus raffinée. Et entre celles plus bas de gamme, qui s’avèrent être produites en Chine, notamment pour une cible telle que les adolescentes. Comme s'il n'y avait rien entre les deux. J'ai su détecter cette belle niche : « en visant la jeune femme, pas trop jeune ni trop vieille ayant quelques moyens financiers mais qui ne s'achète pas forcément du luxe. Celles qui sont prêtes à dépenser pour une marque exclusivement montréalaise. Tout faisait sens. La mode des bralettes n'était pas encore installée et j'arrivais avec des soutien-gorge sans armature à ce moment-là…   

« Est-il si difficile de se démarquer dans ce cercle manufacturier aussi prisé que fermé ? As-tu été confronté à des obstacles pour créer ton entreprise ? »

Ça n'a pas été difficile de faire la différence face aux autres. Je crois qu'on le fait plutôt bien. Ce qui est contraignant, c'est de s'obstiner à faire produire au Québec. Trouver la main d'œuvre sur place est de plus en plus rare. Mais c'est vraiment quelque chose qui nous tient à cœur. 

« Toi qui es née en Argentine, penses-tu que le marché francophone des Amériques puisse être une véritable source d'échange et un pont d'ouverture d'un point de vue économique ? »

Ah, je crois que c'est un avantage au début. Comme le Québec est petit, c'est facile de se faire une renommée, de connaitre le milieu des affaires, de créer des liens avec tout le monde. Ensuite, il est important pour la croissance d'une compagnie en mode selon moi de sortir du Québec. Et là, la langue peut être un obstacle. Mais comme nos deux pieds sont bien ancrés, on a les reins plus solides pour essayer de percer d'autres marchés. 

« Posséder un commerce en ligne, est-ce aussi adopté une attitude de startuppeuse au quotidien ? »

Aujourd'hui, il est non seulement indispensable d'avoir un commerce en ligne, mais c'est aussi rendu quelque chose de commun. Tout le monde a un site web transactionnel. Oui, il faut se considérer "Startuppeuse" parce que les lois du web et des réseaux sociaux changent sans cesse, et il faut toujours essayer de comprendre comment le percer. On essaie tous d'arriver avec un nouveau concept, mais le but reste toujours le même et il n'y a pas mille et une façon de s'y prendre. Le succès de Sokoloff Lingerie réside sur sa communauté qui l'encourage depuis ses tout débuts. Bien avant que le mot influenceuse existe. C'est quelque chose de normal pour nous d'avoir une communauté active sur les réseaux sociaux aujourd'hui. Ce n'est que la suite logique. Eh oui, nous utilisons beaucoup Instagram pour communiquer avec notre clientèle. 

« D’où te viens cette fibre entrepreneuriale ?  Penses-tu que cela s’acquiert sur les bancs d’une école de commerce ou que cela doit-être inné ? »

Je crois que c'est inné. J'ai toujours été très pro-active, très autonome, et j'ai toujours eu mille et un projet. C'était très normal pour moi de me partir en affaires, et je n'ai eu besoin d'aucun cours pour le savoir. Je trouve que c'est quand même important de se structurer grâce à des cours de gestion.  

« Penses-tu qu’il existe une réelle différence entre l’entrepreneuriat fait par les femmes par rapport à celui entreprit par des hommes ? »

Être femme ou homme dans le domaine entrepreneurial ne change rien. C'est souvent les femmes elles même qui se sentent diminué ou qui n'osent pas prendre leur place. Je vois une différence, oui. Les hommes sont beaucoup plus expéditifs que les femmes en général. Ils ont plus confiance en eux et ne craignent pas de prendre des risques beaucoup plus gros. 

Propos recueillis par Virginie Lebeau - Tous droits réservés pour Femmdoubout